Episode 27 – Marie-Cécile Zinsou : « Je sais qui je suis, je n’ai pas besoin de validation dans le regard de l’autre »

Marie-Cécile Zinsou a créé le premier lieu africain d’art contemporain sur le continent. A 21 ans, elle est fatiguée de fantasmer le Bénin de son père, où elle ne pouvait mettre les pieds pour des raisons politiques (la famille est exilée en France car le grand-oncle Emile Derlin Zinsou, ancien président du Bénin, a été condamné à mort par contumace). Elle décide donc que ça suffit : sa construction passe par ce pays, alors elle va s'y rendre.

Comment s’installe-t-on dans un pays qui est chez soi mais dont on ne connaît pas les réalités ? Comment une famille décide-t-elle d’investir son énergie et son patrimoine dans un projet inédit ? Comment gagne-t-on sa légitimité d’Africaine en étant blanche, française, étrangère ? Avec Marie-Cécile Zinsou nous avons exploré le fameux mythe du retour au pays, un sujet cher à Joyeux Bazar…

Vous nous entendrez parler de l’Angleterre où on lui a renvoyé tant de clichés sur les Français (1’07), de la place du Bénin dans son enfance parisienne et de l’importance des musées pour construire l’identité (3’44), du besoin impératif et non négociable qu’elle a eu soudain d’aller sur place (7’14), la genèse de la Fondation Zinsou (10’20), des difficultés pratiques pour mettre en place un tel projet (13’28), de la question de la légitimité pour implanter un lieu d’art en Afrique quand on est femme, blanche, jeune et « fille de » (15’39). Nous avons bien sûr évoqué la question de la restitution du patrimoine culturel africain dont elle est une fervente avocate (18’26), et Marie-Cécile a évoqué ses enfants, « les seuls petits Blancs qui s’appellent Ayodélé et Ola Bisi »…

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Episode 26 – Maboula Soumahoro : « J’essaie de parler à ma mère, mais la France s’est immiscée dans notre intimité »

Maboula Soumahoro, la spécialiste des identités africaines-américaines et de la diaspora noire, a publié en 2020 « Le Triangle et l’Hexagone ». Elle y raconte comment son identité s’est peu à peu déployée par-delà la France, pour embrasser cet océan qui relie l’Europe, l’Afrique et les Amériques. Et pour réhabiliter la construction sociale, originellement dévalorisée, qu’est la couleur noire. Nous avons aussi parlé de la perte, celle de la langue maternelle et celle du continent originel notamment, et de la nécessité de constater cette perte pour pouvoir, tant bien que mal, poussé.e par la pulsion de vie, construire autre chose. De plus grand. Elle a ri de ses ambivalences, ses drames, sa résilience peut-être.

Nous avons évoqué la chanson « Tonton du Bled », hymne de tant d’enfants d’immigré.e.s (3’36), le mythe du retour entretenu par les parents (8’01), la transmission ou non de la langue et le dialogue impossible avec sa mère (11’07), l’avance des universités américaines sur certains sujets (18’08), les joies et peines de l’identité diasporique (21’45), la blanchité (29’17), la France excluante mais omniprésente dans sa vie (31’24), le conflit de loyauté des Afropéen.ne.s qui bénéficient du rapport de force géopolitique Nord / Sud tandis que leurs plus proches, parfois, en paient le prix fort (36’05).

J’ai été ébranlée par cette conversation, tant elle a remué des choses en moi. J’espère que vous y trouverez autant d’échos !

Crédit photo : Patricia Khan

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Episode 25 - Lusine : « En Arménie j’étais assistée, c’est en France que je suis devenue adulte »

Pour Lusine [lou-ci-né], la France a d’abord été une opportunité professionnelle avant d’incarner « une chambre à soi » : alors que ses amies n’ont quitté la maison familiale que pour se marier, elle se confronte à l’inconnu, gagne sa vie, s’émancipe.

Lusine a découvert ici la joie de décider de sa propre trajectoire, mais elle est toujours très attachée à son pays, et cherche en permanence un équilibre. Nous avons parlé de la bénédiction paternelle pour son départ et de sa première nuit sans ses parents (3’20), de sa naturalisation après qu’on lui avait gentiment demandé de quitter le territoire (6’35), des mœurs en Arménie (9’10) et des tentatives désespérées de sa mère pour la marier (12’35), de la subtile ligne de démarcation entre Arménien.ne.s de la diaspora et « vrai.e.s » Arménien.ne.s (15’30), de ce sentiment de n’être chez soi nulle part (16’48), de la guerre qui a éclaté en Arménie fin 2020 dans l’indifférence générale (18’44) et du sentiment de culpabilité qu’il y a à rester en sécurité à l’étranger quand les siens risquent leur vie, de la fierté et tristesse mélangées qui habitent ses parents (22’15).

Un épisode très Joyeux Bazar : toutes sortes d’émotions complexes se mêlent, et on rit beaucoup malgré tout.

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Episode 24 - Wilfrid Lauriano do Rego : « Je suis ouest-africain, j’avais déjà une identité très plurielle »

Wilfrid Lauriano do Rego est le président du Conseil de surveillance de KPMG France, il est aussi le coordonnateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), créé par Emmanuel Macron dès le début de son mandat. Né à Cotonou, Wilfrid a grandi et étudié à Dakar avant de découvrir Helsinki, s’installer à Paris, s’éprendre de Londres. Aujourd’hui, il porte auprès du président français une parole à la fois française, africaine, diasporique… un numéro d’équilibriste qu’il parvient à réaliser grâce à sa certitude de contribuer à faire bouger les lignes.

Nous avons parlé de son départ du Bénin, seul, à l’âge de 15 ans (3’55), de Dakar où il a passé les meilleurs moments de sa vie (5’19), du rôle de la diaspora dans sa carrière (9’13), de sa stratégie pour briser le plafond de verre (11’23), du CPA et sa marge de manœuvre au sein de cet organe (13’46), de boubous et de transmission (18’45)…

Dans cet épisode nous évoquons aussi le coup d'état de Mathieu Kérékou au Bénin en 1972, l'Université Cheikh Anta Diop à Dakar, l'AIESEC, la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'ouest (BCEAO), l'IAE de Bordeaux, l'ESCP Business School.

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Episode 23 - Mélie : « Il n’y a aucun endroit où on ne me demande pas d’où je viens »

Mélie Nasr est française et libanaise, elle a grandi à Londres. Voilà pour le pedigree. Quant à savoir qui elle est, c’est autrement plus complexe, mais passionnant et instructif. Nous avons parlé :

- de la littérature qui lui a permis de comprendre les « espaces de possibles » entre la culture de ses parents et le reste du monde (2’27),

- de son physique qui lui permet de passer incognito tant qu’on n’a pas entendu son accent ni vu son nom de famille (3’39),

- de son arrivée en France à 13 ans où elle découvre qu’elle est arabe (8’22),

- de tous ces gens qui évaluent à quel point son type d’arabité est acceptable ou non (10’50),

- de la « stratégie de passing » mise en place par ses parents (12’59) pour leur éviter le racisme, ses soeurs et elle,

- du sentiment d’exil et de sa liste de pays « safe » au cas où il faudrait fuir (18’12),

- de son excellent podcast Passé Recomposé dans lequel des personnes racontent l’histoire de leurs grands-parents (20’10),

- de sa nouvelle réponse à l’inévitable et fatigante question « tu viens d’où ? » (22’10),

- de son rapport à la langue française et son livre « Re : contes » qui vient d’être réédité et que vous pouvez commander ici !

Mélie accompagne les entreprises pour une meilleure connaissance des sujets de discriminations, mais comment se passent concrètement ses formations ? Lire l'interview ici.

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Episode 22 - Myriam au citron : « C’est dur, mais rentrer en France n’a jamais été une option »

Myriam – ou Anaëlle, car elle se débat encore avec son prénom de France et son prénom du Maroc, s’est installée avec sa sœur dans le pays de son père, comme une évidence, il y a deux ans. Elle s’est ainsi rapprochée de racines qu’elle trouvait méconnues et méprisées en France, pour autant le quotidien de « repat » et d’entrepreneure n’est pas simple. Et surtout, le retour ne règle pas forcément la question de l’identité et du sentiment d’appartenance. Comment enfin s’intégrer et ne plus être la « gwer » ? Une histoire complexe racontée tout en douceur.

Myriam et sa soeur ont ouvert à Chefchaouen un restaurant appelé Hamsa. Pour en savoir plus et voir les superbes paysages de « la ville bleue », ça se passe ici !

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Episode 21 – Mahir Guven : « Français de souche ? L’homme n’est pas un arbre, il se déplace constamment »

Mahir Guven, Goncourt 2017 du premier roman, est né apatride avant de « devenir » turc, puis français. En fait, il est chez lui partout : si ce n’est par l’héritage culturel, alors c’est par le désir !

Nous avons parlé et ri autour de l’expression « français de souche » (5’51), des traditions familiales (7’08), de ce que signifie être apatride (8’06), des rapports entre Turcs et Kurdes (10’27), de la naturalisation (12’19), des mots, qui l’ont accompagné et guidé dans toutes les étapes clés de sa vie (14’02), de son roman Grand frère (16’41), de La Grenade – fruit doux mais ardu, bombe terrible, ville multiculturelle, et nom du label littéraire qu’il a créé en 2019 pour faire émerger de nouvelles voies (22’42). Bonne écoute !

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Episode 20 – Nabil Wakim : « Je suis incapable de parler arabe correctement, et incapable d’accepter cette réalité »

Nabil Wakim a écrit L’arabe pour tous – pourquoi ma langue est taboue en France. Né à Beyrouth et arrivé en France à quatre ans, il s’est peu à peu éloigné de sa langue première et, finalement, a perdu l’arabe. Il raconte l’angoisse et la honte à chaque voyage au Liban (1’36), comment l’arabe est devenu une langue exclusivement domestique et le français, son outil de compréhension du monde (4’24), sa redécouverte de l’arabe à travers l’apprentissage de l’espagnol (9’07), la communication impossible avec le reste de la famille (10’35).

Nous avons aussi parlé de cette autre facette de soi qu’on (s’)offre quand on change de langue (12’40), du long chemin vers l’acceptation de ses lacunes (14’15), de l’enseignement des langues vivantes en France (15'21), de l’impérieuse nécessité d’enseigner l’arabe de manière laïque (18’02), et du paradoxe de cette langue, méprisée quand elle est parlée par un.e immigré.e mais valorisée dans les milieux élitistes (21’40).

Cet épisode, très riche, en fait résonner plusieurs autres, tant le sujet de la langue maternelle et de sa transmission ou non revient fréquemment chez les invité.e.s de Joyeux Bazar… !

Références : nous avons mentionné les auteurs.rices Emmanuel Carrère (Un roman russe), Cyril Pedrosa (Portugal) et Fatma Bouvet de la Maisonneuve (Une Arabe en France), les sociologues Kaoutar Harchi et Stéphane Beaud (La France des Belhoumi), la réalisatrice Houda Benyamina, mais aussi les Rougon Macquart, la chanteuse Fairouz ou encore l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales).

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#19 - Saadia : « Tout le monde était différent ! Donc je ne voyais pas la différence… »

Saadia est avocate en droit international. Elle a grandi à Chantilly, à 40 kilomètres de Paris. Ses parents pakistanais se sont rencontrés à Paris où ils étudiaient, et se sont mariés en faisant fi des conventions (2’39). Ourdou à la maison, anglais à télé (et chez les Scouts britanniques !), français à l’école (y compris au catéchisme !), Saadia a grandi en se nourrissant de personnes toujours plus différentes d’elle (3’47).

A l’adolescence, elle a développé une fascination pour les Etats-Unis, mais aussi pour ses racines indo-pakistanaises, au moment même où ses parents, eux, se reconnaissaient de moins en moins dans leur pays (8’10)… Un peu plus tard, elle a eu l’outrecuidance d’épouser un homme qui n’est « pas pakistanais, même pas au moins musulman » (13’46) ! Après avoir étudié et travaillé aux Etats-Unis (où elle découvre avec effroi l’étiquette « diversité », 15’38), elle vit désormais au Royaume-Uni.

On la suit à travers ses voyages, ses rencontres, son rapport à l’altérité et à l’en-commun, et son questionnement sur son identité propre (« je suis une éponge ! » 17’50).

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#18 – Marc-Alexandre Oho Bambe : « L’humanité, c’est être capable de rire et pleurer avec quelqu’un »

Marc-Alexandre Oho Bambe, alias Capitaine Alexandre, est poète et slameur. Si Port-au-Prince est pour lui une ville-poème et Douala, le lieu de l’enfance tropicale, éternelle, il ne se reconnaît aucune autre patrie que la poésie. La poésie de manière radicale, les mots encore et toujours : pour respirer, pour faire acte au monde.

Nous avons parlé de Douala bien sûr (3’30), de la France comme étape évidente de son rêve de devenir écrivain (5'28), de la découverte d’Aimé Césaire et René Char à 15 ans (8’20), des mots qui permettent d’emmener sa maison partout avec soi (10’08), de l’identité-rhizome « qui permet d’aller voir ailleurs si on est » par opposition à l’identité-racine qui peut être enfermante (11’56), de ce qui, tant de livres, de spectacles, d’ateliers et de reconnaissance plus tard, le jette encore sur la feuille (14’)…

Un épisode qui rappelle que « la frontière est certes le lieu qui ferme, mais aussi celui qui ouvre » !

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