Episode 21 – Mahir Guven : « Français de souche ? L’homme n’est pas un arbre, il se déplace constamment »

Mahir Guven, Goncourt 2017 du premier roman, est né apatride avant de « devenir » turc, puis français. En fait, il est chez lui partout : si ce n’est par l’héritage culturel, alors c’est par le désir !

Nous avons parlé et ri autour de l’expression « français de souche » (5’51), des traditions familiales (7’08), de ce que signifie être apatride (8’06), des rapports entre Turcs et Kurdes (10’27), de la naturalisation (12’19), des mots, qui l’ont accompagné et guidé dans toutes les étapes clés de sa vie (14’02), de son roman Grand frère (16’41), de La Grenade – fruit doux mais ardu, bombe terrible, ville multiculturelle, et nom du label littéraire qu’il a créé en 2019 pour faire émerger de nouvelles voies (22’42). Bonne écoute !

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Episode 20 – Nabil Wakim : « Je suis incapable de parler arabe correctement, et incapable d’accepter cette réalité »

Nabil Wakim a écrit L’arabe pour tous – pourquoi ma langue est taboue en France. Né à Beyrouth et arrivé en France à quatre ans, il s’est peu à peu éloigné de sa langue première et, finalement, a perdu l’arabe. Il raconte l’angoisse et la honte à chaque voyage au Liban (1’36), comment l’arabe est devenu une langue exclusivement domestique et le français, son outil de compréhension du monde (4’24), sa redécouverte de l’arabe à travers l’apprentissage de l’espagnol (9’07), la communication impossible avec le reste de la famille (10’35).

Nous avons aussi parlé de cette autre facette de soi qu’on (s’)offre quand on change de langue (12’40), du long chemin vers l’acceptation de ses lacunes (14’15), de l’enseignement des langues vivantes en France (15'21), de l’impérieuse nécessité d’enseigner l’arabe de manière laïque (18’02), et du paradoxe de cette langue, méprisée quand elle est parlée par un.e immigré.e mais valorisée dans les milieux élitistes (21’40).

Cet épisode, très riche, en fait résonner plusieurs autres, tant le sujet de la langue maternelle et de sa transmission ou non revient fréquemment chez les invité.e.s de Joyeux Bazar… !

Références : nous avons mentionné les auteurs.rices Emmanuel Carrère (Un roman russe), Cyril Pedrosa (Portugal) et Fatma Bouvet de la Maisonneuve (Une Arabe en France), les sociologues Kaoutar Harchi et Stéphane Beaud (La France des Belhoumi), la réalisatrice Houda Benyamina, mais aussi les Rougon Macquart, la chanteuse Fairouz ou encore l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales).

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#19 - Saadia : « Tout le monde était différent ! Donc je ne voyais pas la différence… »

Saadia est avocate en droit international. Elle a grandi à Chantilly, à 40 kilomètres de Paris. Ses parents pakistanais se sont rencontrés à Paris où ils étudiaient, et se sont mariés en faisant fi des conventions (2’39). Ourdou à la maison, anglais à télé (et chez les Scouts britanniques !), français à l’école (y compris au catéchisme !), Saadia a grandi en se nourrissant de personnes toujours plus différentes d’elle (3’47).

A l’adolescence, elle a développé une fascination pour les Etats-Unis, mais aussi pour ses racines indo-pakistanaises, au moment même où ses parents, eux, se reconnaissaient de moins en moins dans leur pays (8’10)… Un peu plus tard, elle a eu l’outrecuidance d’épouser un homme qui n’est « pas pakistanais, même pas au moins musulman » (13’46) ! Après avoir étudié et travaillé aux Etats-Unis (où elle découvre avec effroi l’étiquette « diversité », 15’38), elle vit désormais au Royaume-Uni.

On la suit à travers ses voyages, ses rencontres, son rapport à l’altérité et à l’en-commun, et son questionnement sur son identité propre (« je suis une éponge ! » 17’50).

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#18 – Marc-Alexandre Oho Bambe : « L’humanité, c’est être capable de rire et pleurer avec quelqu’un »

Marc-Alexandre Oho Bambe, alias Capitaine Alexandre, est poète et slameur. Si Port-au-Prince est pour lui une ville-poème et Douala, le lieu de l’enfance tropicale, éternelle, il ne se reconnaît aucune autre patrie que la poésie. La poésie de manière radicale, les mots encore et toujours : pour respirer, pour faire acte au monde.

Nous avons parlé de Douala bien sûr (3’30), de la France comme étape évidente de son rêve de devenir écrivain (5'28), de la découverte d’Aimé Césaire et René Char à 15 ans (8’20), des mots qui permettent d’emmener sa maison partout avec soi (10’08), de l’identité-rhizome « qui permet d’aller voir ailleurs si on est » par opposition à l’identité-racine qui peut être enfermante (11’56), de ce qui, tant de livres, de spectacles, d’ateliers et de reconnaissance plus tard, le jette encore sur la feuille (14’)…

Un épisode qui rappelle que « la frontière est certes le lieu qui ferme, mais aussi celui qui ouvre » !

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#17 – Lyse : « Les traditions, les cultures, ça nous conditionne »

« Ah, là tu es vraiment française, hein », « là, ça se voit que tu es asiatique, toi… ». Lyse, française et cambodgienne, a été renvoyée toute son enfance à l’une ou l’autre de ses cultures, comme si elle n’était qu’un héritage génétique et culturel, et pas un être à part entière, unique. Elle n’a jamais pu parler de manière profonde de sa double culture, la conversation s’arrêtait toujours à « ce métissage, c’est génial ! ». Réaction positive mais qui fermait la porte à tout questionnement… Elle vit aujourd’hui en Thaïlande, où elle élève ses deux garçons en mettant l’accent à la fois sur leur héritage et sur leur unicité, ce qu’ils sont en tant qu’êtres vivants et ce qu’ils veulent devenir. Un épisode apaisant et inspirant.

Pour en savoir plus sur les activités de Lyse en Thaïlande : Pai Seedlings Foundation

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Episode 16 - Inès : « Jamais totalement légitime tant que je n’aurai pas posé mes valises là-bas »

A l’adolescence, Inès s’est éloignée de ses racines tunisiennes, pas assez « cool », et a plutôt développé une passion dévorante pour le Japon. Elle y a vécu pendant plus de deux ans ensuite, et est devenue bilingue en japonais tandis que son arabe se limitait toujours à « fais-moi un bisou » 😉. Plus tard, elle a travaillé au Cameroun comme chargée de projets culturels, ce qui lui a permis de découvrir une Afrique moderne, « cool » et riche. Ces deux expériences lui ont donné un puissant sentiment d’appartenir à une lignée, une capacité à décentrer son regard, et ainsi un profond désir d’investir à présent son identité tunisienne.

Nous avons parlé sa famille métissée (3’10), du moment où sa double culture a commencé à sonner un peu faux (3’54), du soft power japonais qui a conquis la jeune Française qu’elle était (4’42), de son expérience de l’altérité au Japon (8’10), du fait qu’elle n’ait jamais appris l’arabe et que pendant longtemps on a considéré que le bilinguisme perturbait le développement de l’enfant (9’26), de l’expatriation comme trait d’union avec le parcours d’immigration de son propre père 12’05), de ses études d’interculturalité qui lui ont permis de travailler dans un Institut français (13’31), du « bled », ce mot à la fois attachant et péjoratif (14’36), de fierté et de réappropriation de ses racines (15’45), de sa position de fonctionnaire française dans une ancienne colonie (16’43), de l’envie d’investir enfin et durablement sa culture tunisienne (18’14), des étiquettes « diversité » qu’on lui colle parfois (20’26)…

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Episode 15 - Lucien : "Quand tu connais l'endroit d'où tu viens, c'est plus facile"

Lucien est hongkongais par son père, français par sa mère. Après avoir entendu pendant toute son enfance en Chine "dis donc, tu parles super bien le cantonais !", il a fait la paix avec sa différence. Elle lui permet, paradoxalement, de se fondre partout - ce qui est utile quand on travaille aux quatre coins du globe !

Nous avons parlé des lycées français de l'étranger (1'54), de Paris (2'28), de l'utilité du métissage quand on est reporter (3'01), de l'étranger comme tiers-lieu où se libérer de ses origines (4'13), du décalage entre apparence et identité (6'05), de l'importance pour lui de connaître précisément ses racines et se sentir légitime dans les deux mondes (8'14), du quartier chinois de Belleville et de la joie d'y croiser d'autres Cantonais (10'17), du fait d'avoir son père racisé et non sa mère (13'56), de la situation politique actuelle à Hong Kong (14'51), de la manière emmêlée et douloureuse dont il vit cette situation en tant que journaliste / enfant du pays / Occidental / expatrié (17'06).

Pour suivre le travail de Lucien, voici son site !

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Episode 14 - Archcena : « Il fallait tout de suite changer de chaîne quand il allait y avoir un bisou… »

Archcena, alias The Curious Mango, est française de parents srilankais tamouls arrivés en France après une histoire tout à fait digne de Bollywood ! Elle a grandi en région parisienne, dans une ville où tout le monde était différent, avant de se sentir tiraillée à l’adolescence entre ses deux cultures. Mais voilà, la vie continue : une carrière en banque, l’expatriation à New York, un voyage du monde, une reconversion professionnelle… et c’est bien en se perdant qu’elle a trouvé son chemin.

Nous avons parlé de New York, de l’Inde et du 9-3 (1’42), de l’incroyable histoire d’amour de ses parents (3’30), de son enfance à Villepinte (6’30), du dilemme entre traditions parentales et envies de liberté  (7’28), de toutes ces situations dont on ne sait toujours pas, des années plus tard, si elles étaient racistes ou non (9’49), de la fameuse question « vous venez d’où ? » (11’11), des transfuges de classe et de confiance en soi (12’29), de voyage ici et là (13’18), de se reconvertir dans la cuisine quand tes parents voulaient que tu fasses de grandes études (14’52), d’ayurveda (18’22), de transmission à ses enfants (19’02). Un échange très riche et plein de bonne humeur !

Pour suivre les activités d'Archecena (ateliers de cuisine végétale et consultations ayurveda), ça se passe ici !

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Episode 13 - Nedir : « Ce que j’aime en France, c’est les Français »

Nedir est né algérien et hongrois (oui, oui !), le voici désormais français depuis quelques mois. Une naturalisation pour dire merci à la France, pays qui était pour lui à la fois un ailleurs familier, à travers les programmes télé notamment, mais aussi l’ailleurs de tous les possibles, celui qui lui a donné la possibilité de faire le métier artistique dont il rêvait.

Nous avons évoqué ensemble son bar favori à Paris « Madame Gen » (2’01), la ville de Montpellier où il était censé passer 15 jours et il est resté 5 ans (3’15), sa demande de naturalisation (4’14), ces Français qui lui ont donné envie de faire partie de leur communauté (7’15), son enfance partagée entre l’Algérie et la Hongrie (7’59), les années noires du terrorisme en Algérie (10’30), sa définition de l’ "algérianité" (13’50), les questions des autres sur son prénom, son physique et son accent (15’24), la « mise à jour de lui-même » qu’il a faite en 2013 (16’28) et, bien évidemment… je lui ai demandé qui il est devenu après tout ce parcours.

Un beau récit de vie, et un bon retour aux fondamentaux pour attaquer la rentrée !

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BONUS - "si loin de mes proches"

Surprise de fin de saison !

Cet épisode hors-série est l’adaptation d’un texte que j’ai écrit pour le magazine Frictions. J’avais besoin d’écrire mes tourments de membre de diaspora, loin de sa famille en ces temps de virus planétaire et de frontières fermées. Sujet grave, mais qui ne doit pas vous empêcher de passer de belles vacances !

On se retrouve à la rentrée, j’ai hâte.

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