Episode 33 – Curtis : « Les Français.es m’exotisent, et j’en profite »

Curtis Young est américain. Il a grandi à Chicago et a vécu mille vies avant d’arriver en France, il y a presque 25 ans, et se sentir enfin chez lui. Une évidence qui lui a donné l’énergie de reprendre des études de français et d’histoire pour venir vivre ici. C’est l’histoire d’un Noir Américain tombé amoureux de la France, et qui reste néanmoins très lucide sur notre pays, ses rigidités, son refus de voir les couleurs, sa fascination pour les Noir.e.s s’iels sont américain.e.s. Mais plutôt que de regretter la fétichisation dont il fait l’objet, il a pris le parti d’en profiter – pour entamer une brillante quatrième carrière, et plus généralement pour vivre « a wonderful life ».

Nous avons parlé ce sentiment très fort qu’il a éprouvé en arrivant en France par l’Eurostar (2’02), du regard qu’il porte sur son pays natal – heureux de s’y être construit, heureux de ne plus y vivre (3’10), des trois ans qu’il a passés au Japon comme espion pour l’armée américaine et qui lui ont fait découvrir une autre humanité (7’28), du sentiment de ne pas être chez soi et l’envie de voir plus grand (9’44), du racisme profondément ancré dans l’histoire et le fonctionnement des Etats-Unis, mais que l’on accepte de voir (11’21), d’une société française engluée dans son illusion universaliste mais qui lui offre des opportunités inédites (14’23), de la différence de statut entre Noir.e.s africain.e.s et Noir.e.s américain.e.s en France (15’43), de la contribution des Noir.e.s à la formation et la richesse des Etats-Unis (17’20), de l’identité comme carte de visite (19’07) !

Notes de l'épisode :

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Episode 32 – Sabrina : « Un.e allié.e, c’est une personne qui comprend qu’elle ne comprendra jamais »

Par le biais du droit du sol, Sabrina est née canadienne au milieu d’une famille argentine, mais a grandi en Europe et tente depuis quelques années de retrouver ses racines éparpillées à travers les continents. Elle est aussi une femme « latino blanche », qui oscille donc en permanence entre discrimination et privilèges. C’est ainsi qu’elle a créé le projet Ally Book Club qui explore, à travers le pouvoir des livres, le rôle et la posture de l’allié.e face au racisme structurel.

Nous avons parlé des expatriations successives de sa famille grâce à la carrière de footballeur de son père (1’58), de sa conception de la position d’allié.e et notamment sa conviction que « il faut se taire et écouter celles et ceux qui ont l’expérience » (5’10), de son entre-deux identitaire entre charge raciale et privilège blanc (7’22), de la place de la culpabilité dans la posture d’allié.e (9’23), de son mémoire de recherche sur l’impact des livres sur l’imaginaire, mémoire qui préfigure le compte @allybookclub (11’07), de son statut de parente blanche d’enfants racisés (14’14), et bien sûr nous avons parlé d’ancrage, de retrouvailles espérées avec soi (15’48).

L'épisode 31 avec Irène Olczak, fondatrice du média collaboratif et inclusif Paulette, parlait aussi de la posture d'allié.e. Irène y raconte notamment des expériences de discrimination qu'elle n'a pas vécues directement mais vues de très près à travers ses proches.

Notes de l'épisode :

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Episode 31 – Irène Olczak : « Le périphérique est une vraie frontière : sociale, culturelle… »

Irène Olczak a créé Paulette Magazine pour montrer des femmes qui ressemblent à ses amies, des femmes « pas toute blanches, blondes, au ventre plat ». Mais aussi pour réconcilier Paris et la banlieue, tenter d’amadouer cette frontière sociale, économique, culturelle qu’est le boulevard périphérique. Ayant toujours vu sa mère turque très à l’aise dans tous les milieux alors qu’elle était arrivée en France sans parler la langue, elle s’est peu à peu forgé la conviction que « notre différence, c’est notre force ». Tout en reconnaissant que c’est plus facile à dire qu’on est blanc.he… Une déconstruction progressive et une posture d’allié.e, qui ont contribué à la genèse du magazine Paulette.

Irène partage avec nous l’histoire de sa maman arrivée en France par amour et de son propre rapport à la Turquie (2’47), sa culture de banlieue et la fascination qu’elle avait pour Paris telle que représentée dans la presse féminine (8’08), du privilège d’avoir une différence qui ne soit pas handicapante et de son frère qui a préféré changé de prénom (10’28), de son expérience d’alliée face aux discriminations (13’01). Je l’ai aussi questionnée sur la manière dont Paulette utilise l’art pour véhiculer des messages politiques et sociétaux forts (14’25), et sur la façon de conserver de la street credibility quand on est devenu un média de premier plan – l’éternel conflit de loyauté des multiculturel.le.s (16’36).

Sur la double équation des origines ethniques et sociales, vous pouvez également réécouter le parcours de Stéphane qui se présente comme un vrai caméléon !

J'en profite pour vous présenter quelques médias qui ont eux aussi franchi le périph 😉 : Bonjour Pantin, Enlarge your Paris (on adore ce nom !), ou encore, évidemment, le Bondy Blog.

Notes de l'épisode :

Nous avons parlé avec Irène de la notion d'allié.e, de quoi s'agit-il ? D'utiliser ses privilèges, notamment la confiance a priori que nous accorde la société, pour porter la voix et changer le regard sur les autres. De manière active. Mais c'est aussi se taire pour laisser parler l'autre de sa propre expérience. Voici un mode d'emploi, et ici quelques règles simples pour bien jouer son rôle d'allié.e. Voici également un compte Facebook plein de ressources pratiques !

Sur ce sujet, vous pouvez également écouter l'épisode 32 avec Sabrina. Elle a créé le projet Ally Book Club qui explore, à travers le pouvoir des livres, le rôle et la posture de l’allié.e face au racisme structurel.

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Episode 30 - Charline : « Les armes antiracistes et antisexistes que je n’ai pas eues, mon fils les aura »

Lassée des silences sur les origines chinoises, malgaches, alsaciennes et russo-mongoles de sa famille, Charline s’est d’abord éloignée de ses racines, rejetant notamment tout ce qui la renvoyait à cette Chine dont on ne voulait rien lui dire. Puis, en explorant les questions de féminisme et de genre et en devenant maman, elle a commencé à s’intéresser à l’éducation non genrée, à l’intersectionnalité, aux pensées décoloniales… Autant de sujets qu’elle aborde avec un prisme politique et sur un ton pédagogue sur son blog « Mon fils en rose ».

Nous avons parlé d’asioféminisme (2’01), de son histoire familiale (4’51), des secrets de famille (7’26) et de sa technique pour en apprendre plus (elle fait boire son oncle !), de termes qu’elle estime problématiques comme « jaune » ou « les yeux bridés » (12’22), du déclic qui l’a amenée à se réconcilier avec son identité asiatique (15’35), de ses engagements féministes qui ont donné naissance au blog « Mon fils en rose » (17’05) et à une éducation antisexiste et antiraciste pour son fils, de l’importance d’une juste représentation dans la littérature jeunesse (23’06) et, plus généralement, de la légitimité de celles et ceux qui écrivent nos histoires…

Si vous avez apprécié cet épisode, vous voudrez probablement lire l'interview de l'illustratrice Ama, engagée pour une représentation de notre société plurielle, ou cet article sur la nécessité de parler de racisme aux enfants.

Vous aimerez certainement les conversations avec Anne-Claire Meret qui a dû se construire sans la partie occultée de son histoire familiale, avec Tuong-Vi qui a découvert le Vietnam alors que sa mère vietnamienne n'y avait toujours pas mis les pieds ou encore avec Inès qui a elle aussi d'abord rejeté son identité tunisienne avant d'y revenir par des chemins détournés !

Notes de l'épisode :

Le blog "Mon fils en rose" raconte l'histoire de Charline, les idées qu'elle défend, l'éducation qu'elle donne à son fils et les lectures qui permettent à sa famille de se construire. Vous pouvez également suivre les réflexions et recommandations de Charline sur Instagram.

Dans cet épisode, nous évoquons notamment :

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Episode 29 - Cristina Filipe Araujo : « c'est quoi, l'identité d'un enfant expatrié ? »

Cristina Filipe Araujo a créé le podcast Expat Heroes pour raconter les histoires d’expatriation qu’on n’entend pas assez : les difficultés, les chemins de traverse, le poids de la distance, l’accélérateur de développement personnel. Après l’Espagne avec un bébé de 3 mois, puis retour en France, puis la Suède, puis encore la France, elle vit en Angleterre depuis 5 ans. Dans chaque pays d’accueil, sa propre identité franco-portugaise a évolué et, surtout, celle de ses deux enfants. Elle a peu à peu accepté le fait qu’ils seront avant tout des « citoyens du monde », mais il y a des éléments de transmission sur lesquels elle ne compte pas transiger !

Nous avons parlé de la victoire du Portugal face à la France en finale de l’Euro 2016 (2’21), des clichés sur l’expatriation (4’13), des « third culture kids » (TCK) ou « enfants de la troisième culture » qui ont une identité différente de celle(s) de leurs parents (7’15), des efforts de transmission de son mari et elle (9’43), des difficultés de la ‘serial expatriation’ pour les enfants (12’39), de l’anomalie que représente un.e Franco-Portugais.e dans certains pays (15’01 – mention spéciale au « mais vous êtes française ou vous êtes portugaise ? »), du sentiment d’être étranger.ère partout, tout le temps (16’33).

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Episode 28 – Anne-Claire Meret : « J’ai l’impression d’être une mangue qui a poussé dans un pommier »

La coach et "love activist" Anne-Claire Meret est « un quart marocaine », mais ce quart-là ne lui a jamais été transmis. Pas la moindre allusion aux origines de son père, pas la moindre réponse quand elle a questionné sa famille. Encombrée par une histoire dont elle ne savait pourtant rien, elle a dû entamer un long travail de libération des mémoires familiales pour « récupérer des bouts de soi » et être enfin en paix.

Nous avons parlé de Berlin où elle s’est installée à la fois « par amour et par défaut » (1’19), des racines marocaines totalement absentes de son enfance (3’27), de ses premiers voyages au Maroc, seule (5’50), de la thérapie qui l’a aidée à se délester du silence (7’48), de son rapport à la question « tu viens d’où ? » (11’03), de comment créer sa tribu pour s’ancrer quand on se sent flottant.e (12’07), de ce qu’elle voudrait transmettre, elle, pour ne pas répéter le schéma (15’03). Un épisode très intéressant, pour quelqu’un qui pensait ne pas avoir grand-chose à partager !

Notes de l'épisode :

Vous pouvez suivre les activités d’Anne-Claire ici ou , mais aussi écouter son podcast Live from the Heart ici. J'ai fait sa connaissance en suivant le programme de dix jours "Retrouver et porter sa voix".

Au cours de notre conversation, Anne-Claire évoque la thérapeute Ameyo Malm qui l’a aidée à dénouer les nœuds de son histoire familiale en l’absence de réponses aux questions qu’elle se posait. Elle parle également de chamanisme et de recouvrement d’âme.

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Episode 27 – Marie-Cécile Zinsou : « Je sais qui je suis, je n’ai pas besoin de validation dans le regard de l’autre »

Marie-Cécile Zinsou a créé le premier lieu africain d’art contemporain sur le continent. A 21 ans, elle est fatiguée de fantasmer le Bénin de son père, où elle ne pouvait mettre les pieds pour des raisons politiques (la famille est exilée en France car le grand-oncle Emile Derlin Zinsou, ancien président du Bénin, a été condamné à mort par contumace). Elle décide donc que ça suffit : sa construction passe par ce pays, alors elle va s'y rendre.

Comment s’installe-t-on dans un pays qui est chez soi mais dont on ne connaît pas les réalités ? Comment une famille décide-t-elle d’investir son énergie et son patrimoine dans un projet inédit ? Comment gagne-t-on sa légitimité d’Africaine en étant blanche, française, étrangère ? Avec Marie-Cécile Zinsou nous avons exploré le fameux mythe du retour au pays, un sujet cher à Joyeux Bazar…

Vous nous entendrez parler de l’Angleterre où on lui a renvoyé tant de clichés sur les Français (1’07), de la place du Bénin dans son enfance parisienne et de l’importance des musées pour construire l’identité (3’44), du besoin impératif et non négociable qu’elle a eu soudain d’aller sur place (7’14), la genèse de la Fondation Zinsou (10’20), des difficultés pratiques pour mettre en place un tel projet (13’28), de la question de la légitimité pour implanter un lieu d’art en Afrique quand on est femme, blanche, jeune et « fille de » (15’39). Nous avons bien sûr évoqué la question de la restitution du patrimoine culturel africain dont elle est une fervente avocate (18’26), et Marie-Cécile a évoqué ses enfants, « les seuls petits Blancs qui s’appellent Ayodélé et Ola Bisi »…

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Episode 26 – Maboula Soumahoro : « J’essaie de parler à ma mère, mais la France s’est immiscée dans notre intimité »

Maboula Soumahoro, la spécialiste des identités africaines-américaines et de la diaspora noire, a publié en 2020 « Le Triangle et l’Hexagone ». Elle y raconte comment son identité s’est peu à peu déployée par-delà la France, pour embrasser cet océan qui relie l’Europe, l’Afrique et les Amériques. Et pour réhabiliter la construction sociale, originellement dévalorisée, qu’est la couleur noire. Nous avons aussi parlé de la perte, celle de la langue maternelle et celle du continent originel notamment, et de la nécessité de constater cette perte pour pouvoir, tant bien que mal, poussé.e par la pulsion de vie, construire autre chose. De plus grand. Elle a ri de ses ambivalences, ses drames, sa résilience peut-être.

Nous avons évoqué la chanson « Tonton du Bled », hymne de tant d’enfants d’immigré.e.s (3’36), le mythe du retour entretenu par les parents (8’01), la transmission ou non de la langue et le dialogue impossible avec sa mère (11’07), l’avance des universités américaines sur certains sujets (18’08), les joies et peines de l’identité diasporique (21’45), la blanchité (29’17), la France excluante mais omniprésente dans sa vie (31’24), le conflit de loyauté des Afropéen.ne.s qui bénéficient du rapport de force géopolitique Nord / Sud tandis que leurs plus proches, parfois, en paient le prix fort (36’05).

J’ai été ébranlée par cette conversation, tant elle a remué des choses en moi. J’espère que vous y trouverez autant d’échos !

Crédit photo : Patricia Khan

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Episode 25 - Lusine : « En Arménie j’étais assistée, c’est en France que je suis devenue adulte »

Pour Lusine [lou-ci-né], la France a d’abord été une opportunité professionnelle avant d’incarner « une chambre à soi » : alors que ses amies n’ont quitté la maison familiale que pour se marier, elle se confronte à l’inconnu, gagne sa vie, s’émancipe.

Lusine a découvert ici la joie de décider de sa propre trajectoire, mais elle est toujours très attachée à son pays, et cherche en permanence un équilibre. Nous avons parlé de la bénédiction paternelle pour son départ et de sa première nuit sans ses parents (3’20), de sa naturalisation après qu’on lui avait gentiment demandé de quitter le territoire (6’35), des mœurs en Arménie (9’10) et des tentatives désespérées de sa mère pour la marier (12’35), de la subtile ligne de démarcation entre Arménien.ne.s de la diaspora et « vrai.e.s » Arménien.ne.s (15’30), de ce sentiment de n’être chez soi nulle part (16’48), de la guerre qui a éclaté en Arménie fin 2020 dans l’indifférence générale (18’44) et du sentiment de culpabilité qu’il y a à rester en sécurité à l’étranger quand les siens risquent leur vie, de la fierté et tristesse mélangées qui habitent ses parents (22’15).

Un épisode très Joyeux Bazar : toutes sortes d’émotions complexes se mêlent, et on rit beaucoup malgré tout.

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Episode 24 - Wilfrid Lauriano do Rego : « Je suis ouest-africain, j’avais déjà une identité très plurielle »

Wilfrid Lauriano do Rego est le président du Conseil de surveillance de KPMG France, il est aussi le coordonnateur du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), créé par Emmanuel Macron dès le début de son mandat. Né à Cotonou, Wilfrid a grandi et étudié à Dakar avant de découvrir Helsinki, s’installer à Paris, s’éprendre de Londres. Aujourd’hui, il porte auprès du président français une parole à la fois française, africaine, diasporique… un numéro d’équilibriste qu’il parvient à réaliser grâce à sa certitude de contribuer à faire bouger les lignes.

Nous avons parlé de son départ du Bénin, seul, à l’âge de 15 ans (3’55), de Dakar où il a passé les meilleurs moments de sa vie (5’19), du rôle de la diaspora dans sa carrière (9’13), de sa stratégie pour briser le plafond de verre (11’23), du CPA et sa marge de manœuvre au sein de cet organe (13’46), de boubous et de transmission (18’45)…

Dans cet épisode nous évoquons aussi le coup d'état de Mathieu Kérékou au Bénin en 1972, l'Université Cheikh Anta Diop à Dakar, l'AIESEC, la Banque centrale des Etats d'Afrique de l'ouest (BCEAO), l'IAE de Bordeaux, l'ESCP Business School.

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