Le post-partum selon les cultures : vers des naissances moins « bébé-centrées » ?

En Occident, à la naissance on offre un doudou au nouveau.elle-né.e. Et ailleurs ? Et si la naissance gagnait à être davantage perçue à travers le prisme de la maman et de son entourage ?

Une gestion occidentale de la naissance

Tout est parti de ma conversation avec Charline, dans l’épisode 30 de Joyeux Bazar. Dans une partie de l’entretien qui n’a pas été gardée au montage, elle s’interroge à haute voix sur la manière dont les femmes sont plus ou moins entourées à travers le monde au moment d’une naissance, sur les réponses au baby blues qui ont existé dans d’autres cultures et se sont progressivement perdues. Ça m’a rappelé une conversation avec ma tante : en tant que pédiatre, elle se désolait du nombre de mamans désorientées et terriblement seules rencontrées dans son cabinet ou à l’hôpital, et en tant que maman, elle se rappelait n’avoir « jamais tenu aucun de ses enfants dans les bras avant un ou deux mois, si c’est pour le.la nourrir ».

On n'offre pas de doudou, mais on apporte des quantités colossales de nourriture aux jeunes parents !

Cette dernière phrase m’avait considérablement choquée, avant qu’elle n’explicite : pendant les premiers mois, sa mère avait chaque fois pris les choses en main, s’occupant de la logistique le temps que son corps à elle se remette, rassurant les aîné.e.s pendant que la nouvelle vie s’organise, la laissant se reposer et profiter uniquement des bons côtés en attendant qu’elle intègre dans son corps et dans son esprit son nouveau de (encore) maman. Je me suis en effet rappelé qu’au Cameroun, on n’offre pas de doudou – du moins jusqu’à récemment, car on n’arrête pas le progrès, au contraire il s’exporte à grande vitesse grâce à la télévision et, désormais, les réseaux sociaux. En revanche, on apporte des quantités colossales de nourriture aux jeunes parents !

S’inspirer des autres

Les rites de naissance disent beaucoup de choses de nos sociétés, de la manière dont est perçue cet événement : un enfant qui arrive, une femme qui change de statut, une famille qui doit prendre ses marques. Autant de sphères qu’il faut toutes accompagner adéquatement. La solitude des mamans dans les sociétés dites modernes s’explique grandement par le fait que l’on y vit à toute vitesse, que les logements sont trop exigus pour accueillir une aide extérieure qui, si elle n’est pas familiale, est financièrement inaccessible, et que le cercle familial est en règle générale réduit. Mais elle reflète aussi l’idée que la femme porte la responsabilité d’apprendre, seule ou presque, son nouveau rôle. Ce n’est pas le cas partout. En Chine, la mère s’installe chez sa fille et l’assiste pendant 40 jours appelés « le Mois d’or », pendant lesquels la jeune maman ne doit fournir aucun effort physique. On retrouve les mêmes recommandations pendant la cuarantena en Amérique du sud.

De nombreux professionnels de la santé et du soin militent pour que les nords de la planète s’inspirent davantage, dans leurs pratiques familiales et dans leur organisation sociale, de ces autres sociétés qui affichent une approche plus collective des naissances. Le chemin reste encore long mais le succès de la profession de doula depuis quelques années en Europe et aux Etats-Unis est révélateur. Une doula est une femme qui accompagne la femme enceinte et son entourage pendant la grossesse et après la naissance. Elle permet d’assurer une continuité dans les accompagnements, un point de repère et une présence bienveillante et empathique tout au long de cette période de bouleversements. Bien sûr, les pratiques des doulas font régulièrement l’objet de polémique autour de l’appropriation culturelle, les rituels étant souvent repris de cultures minoritaires et marketées comme telles sans plus de profondeur. Plusieurs doulas et autres praticiennes mènent d’ailleurs des recherches pour retrouver les rites oubliés de l’Occident, c’est le cas de la doula suisse Fanny Meier qui explique qu’elle « entame gentiment des recherches avec d'autres femmes, doulas, historiennes, autour des rituels qui prennent racines en Europe et peut-être encore plus précisément en Suisse ».

Que cela ne nous éloigne pas de l’enjeu crucial : faire des naissances un événement… de famille.

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