Maka Traoré, fondatrice du média Miroirs Libres

Makamoussou Traoré a fondé le magazine Miroirs Libres, dans lequel toutes les femmes et mamans de notre pays peuvent trouver leur place. En 2019 déjà, elle avait publié “Les aventures de Djibril” afin que son fils ait des héros auxquels s’identifier. Rencontre avec une entrepreneure pour qui les représentations comptent !

Tu es d’origine malienne, née à Paris. Est-ce que notre littérature jeunesse avance dans le bon sens en termes de représentations ?

La situation a évolué depuis le lancement des “Aventures de Djibril” en 2019, et c’est surtout grâce à des auteurices investi.e.s. Les grandes maisons d’édition avancent très lentement, que ce soit au niveau des auteurices édité.e.s ou des collaborateurices, si bien qu’aujourd’hui encore, nous sommes obligé.e.s d’expliquer pourquoi la diversité dans ces livres est importante, pourquoi certains choix sont sensibles, etc. Il existe de plus en plus de livres avec des héros de différentes origines, mais ils sont souvent auto-édités, et les librairies sont très frileuses devant un livre auto-édité. Et là, on doit dire “merci, Amazon”... 

"En France, on a tendance à penser que si c'est écrit "multiculturelles", ce n'est pas pour les Européennes !"

maka traoré

Parle-nous du magazine Miroirs Libres, d’où te vient ce projet ?

“Les aventures de Djibril” m’ont amenée à échanger avec un certain nombre de parents. Ces conversations ont mis en évidence que nombre d’entre eux ne se retrouvaient pas dans la manière dont les médias traitent de la parentalité - que ce soit dans les visuels ou dans les témoignages. J’ai donc créé ce média comme un miroir tendu à TOUS les parents. Comme j'aime à dire, "on ne laisse pas une maman dans un coin", vous avez la référence ? (rires)

Tu parles d’un média à destination des femmes et mamans “multiculturelles”, parfois tu dis plutôt "afro-caribéennes''… Est-ce que les mots sont enfermants ?

C’est très compliqué de choisir les bons mots. En France, on a tendance à penser que si c’est écrit “femmes multiculturelles”, ce n’est pas pour les Européennes ! Pour moi, on est multiculturel.le à partir du moment où l’on a des origines diverses, on aime les autres cultures, on est en couple avec une personne d’un autre pays... Il y a plusieurs prismes. Maintenant, c’est vrai aussi que la communauté autour de Miroirs Libres me ressemble, et est donc en grande partie afro-caribéenne. Du coup, j’ai parfois peur d’être enfermée alors que je suis moi-même très ouverte !

Couverture du numéro 9 de Miroirs Libres (déc-fév 2022)

Pour rester sur les mots, tu m’avais parlé un jour des mamans et des “mamas”...

Pour être un peu caricaturale, dans les représentations majoritaires on a d’un côté les mamans, européennes, qui ont de beaux enfants blonds aux yeux bleus, des femmes actives qui, justement, recrutent les “mamas”, des femmes souvent immigrées d’origine africaine, qui vont s’occuper des enfants, du ménage, de la cuisine. Ces dernières sont souvent montrées comme des femmes nourricières, aimantes, mais pas aptes à réellement éduquer leurs enfants. Pourtant, il existe autant d’éducations que de mamans, et qui se valent. Chaque parent a sa méthode, grâce à sa culture, sa propre éducation, ses recherches, son intuition. Et ce sont ces différences que je souhaite mettre en avant, et faire partager, dans Miroirs Libres.

Qu’est-ce que toi tu lisais comme magazines en tant que femme française noire ? Qu’est-ce qui t’a nourrie, qu’est-ce qui t’a manqué ?

Après les magazines pour ados tels que Girls, Star Club, OK Podium ou Jeune et Jolie, je suis passée à des féminins comme Be, Elle, Glamour, Amina, Brune, Diva, Miss Ebène (et, à la grossesse, le magazine Parents). C’est grâce à leurs pages beauté que j’ai appris à me maquiller, et c’est vrai que j’étais contente quand sont apparus des titres comme Miss Ebène. Les fonds de teint présentés étaient adaptés à ma couleur de peau : cela peut paraître banal, mais ça ne l’était pas pour moi, pour nous, quand on veut acheter un fond de teint qu’on a kiffé dans un magazine, et arrivé.e chez Sephora, on ne trouve que des teintes trop claires ! Voir des femmes noires en couverture ou dans les pages mode était également super inspirant pour moi. Les rôles modèles sont importants à tout âge pour ouvrir les esprits et balayer les pensées limitantes. 

"Sans cette non-mixité, l'événement FAME Day ne serait pas ce qu'il est. On a besoin de se retrouver entre femmes"

maka traoré

Tu organises des événements physiques pour ta communauté de lectrices. Que penses-tu des polémiques sur les rencontres « en non mixité » ?

J’organise en effet le FAME Day (Femme Ambition Motivation Education) qui a pour objectif de libérer la parole des femmes dans un lieu safe. Sans cette non mixité, cet événement ne serait pas ce qu’il est. C’est comme une réunion en entreprise, ce n’est pas la même chose si le.la PDG reste dans la pièce, les salarié.e.s ne diront pas les choses de la même façon. On a besoin de se retrouver entre femmes.

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