Seynabou Dia, fondatrice de Global Mind Consulting

Seynabou Dia a grandi en Picardie, puis a étudié à Paris, travaillé en Europe et aux Etats-Unis, avant de s'installer en Afrique pour y créer un cabinet de relations publiques panafricain qui affiche comme mission celle de changer le narratif du continent. Mais qu'est-ce que ça veut dire ?

Pourquoi un cabinet de relations publiques se donnerait pour mission de “changer le narratif sur l’Afrique” ?

La création de Global Mind Consulting, il y a dix ans, est partie d’un constat : l’image que le monde a de l’Afrique ne correspond pas au foisonnement de créativité qui est à l'œuvre sur le continent. Les initiatives qui impactent positivement les communautés ne sont pas mises en valeur, ce qui ne permet pas d’avoir une image objective de ce qui se passe.

"Il s'agit de montrer la capacité de l'Afrique à influencer positivement les sociétés"

seynabou dia

Pourquoi est-ce important ? Quels sont enjeux autour du narratif ?

Le narratif contribue à construire l’individu. Il permet de s’identifier, de prendre confiance, de mesurer son potentiel, d’apprécier d’où on vient et où on va. C’est pourquoi, à une échelle plus collective, il est primordial de bien construire notre narratif, et c’est tout aussi important qu’on le fasse nous-mêmes. C’est lui qui va imposer une lecture de nous et du monde. Il faut le construire aujourd’hui pour demain.

C’est aussi un enjeu économique ?

Bien sûr. Pour penser et construire notre développement, il est impératif de connaître nos forces : nous avons des valeurs intrinsèques à nos traditions, telles que la solidarité, le partage, la famille, la communauté… qu’il nous faut préserver et valoriser. Il s’agit de montrer concrètement ce que l’Afrique peut apporter au monde, sa capacité à influencer positivement les sociétés.

Seynabou Dia (c)GMC

Est-ce que à titre personnel, et notamment pendant votre vie en France, vous avez souffert de cette image de l’Afrique pas toujours très juste ?

Je n’en ai pas particulièrement souffert, en revanche, j’ai toujours été extrêmement étonnée de la méconnaissance globale de l’Afrique, et de cette tendance à la considérer comme un seul pays, alors qu’il faudrait parler en réalité “des Afriques”.

Est-ce que dans les relations publiques on contribue réellement à écrire l’histoire du continent, ou seulement celle des entreprises clientes ?

Personne n’évolue seul : les relations publiques, c’est aider nos client.es et partenaires à communiquer et interagir avec l’ensemble de leurs parties prenantes, sur ce qu’iels sont et ce qu’iels font. L’ensemble de ces récits individuels constitue finalement un narratif commun, collectif, et permet à l’Afrique de raconter l’histoire qu’elle veut présenter au monde.  

"Le fait d'avoir grandi en Europe, tout en cultivant cette connaissance du continent africain, est une force et une chance"

seynabou dia

Dans quelle mesure les Africain.es en Afrique sont-iels influencé.es par la narration dominante ?

La perception que les Africain.es ont de leur continent change peu à peu, mais c’est encore trop souvent une image négative. Les médias ont leur part de responsabilité, et nos gouvernements aussi. Quant aux acteurs que nous accompagnons, ils voient certes les défis, mais aussi un potentiel extraordinaire de bouger les lignes.

Très concrètement, comment Global Mind contribue-t-elle au changement ?

Par exemple, depuis deux ans, nous accompagnons des femmes scientifiques africaines, récompensées pour leurs travaux, leur engagement, leur impact sur le continent ainsi qu’à l’international. Ces femmes n’ont pas l’habitude de prendre la parole publiquement et, de manière générale, de communiquer sur ce qu’elles font. Nous les accompagnons dans leur visibilité, en provoquant des rencontres avec des médias internationaux et panafricains de premier plan (BBC, France 24, TV5 Monde, etc.), et en les aidant à préparer au mieux ces interventions. Notre objectif : amplifier leur travail et leur permettre d’inspirer d’autres femmes.

Vous avez grandi en Picardie et vos parents entretenaient à chaque occasion le lien avec ce continent où vous ne viviez pas. Est-ce qu’une identité multiple est un atout pour mieux raconter l’Afrique ?

Indiscutablement, oui. La question est celle du regard que l’on porte sur le monde. Et je crois que le fait d’avoir grandi en Europe, tout en cultivant cette connaissance du continent africain, est une force et une chance extraordinaire : on est familier.ère des standards et pratiques de l’international, tout en étant très attaché.e à cette compréhension de nos Afriques et de la manière dont elles fonctionnent.

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